Ce
titre, en forme d’hommage
à Paul Eluard, Nicolas Sarkozy essaye de le faire sien. En effet, comme il
fallait s’y attendre, le retrait de l’introduction de la notion de la
concurrence libre et non faussée du projet de Traité simplifié voté par les 27 États
membres de l’Union samedi soir est sans doute « l’avancée » la plus
discutée, débattue, décriée selon les tendances.
Il n’a
pas fallu attendre longtemps pour que le Président français et la Commission
européenne entrent dans un jeu de bras de fer par communiqués de presse interposés.
Le
premier soutient mordicus qu’il s’agit là d’une réorientation majeure, d’un
tournant idéologique important, de l’abandon de la vision « dogmatique »
de la concurrence. La seconde rappelle au contraire que les 27 se sont
clairement engagés, d’abord informellement, puis dans un protocole annexé au
Traité, que ce retrait ne modifierait en rien ses pouvoirs.
Bref,
c’est l’impasse.
Pour
autant, il me semble clair que la vérité se situe plutôt du côté de la
Commission. Après tout, voici 50 ans que l’Union vit sans cette notion parmi
ses objectifs. Rappelons en effet que l’article 3 CE, qui contient actuellement
la référence à la concurrence non faussée prévoit tout au plus que celle-ci
fait partie des « actions » menées par la Communauté et non pas de
ses objectifs. Bref, à moins d’une modification des articles 81 et suivants par
la Conférence intergouvernementale chargée de mettre en musique la partition rédigée
à 54 mains ce week-end, on voit mal ce qui pousse M. Sarkozy à autant « d’optimisme ».
Toutefois,
encore faut-il voir à qui M. Sarkozy s’adresse ce faisant. A mon estime, il s’agit
plutôt d’un message envoyé aux français qu’à l’Union. Et le moins qu’on puisse
dire c’est que de ce point de vue, la Commission tombe dans le panneau. En s’opposant
fermement au Président français, elle ne fait que renforcer le soutien du
peuple de France à son « courageux » Président qui lutte contre l'hydre libéral. On comprend quel
est son intérêt ici : faire ratifier le texte au plus vite en convainquant
une partie de la gauche, indispensable pour obtenir la modification de la
Constitution nationale. A l’époque où le sondage fait loi, si une majorité de Français
le soutient dans son action, nombre de parlementaires se rallieront à son panache blanc. Et le meilleur moyen d’obtenir ce soutien est de faire croire que cette
suppression aura un impact direct sur cette affreuse politique néolibérale
menée par la Commission, même si c’est là un impact qu’elle ne peut avoir.
CQFD.
Alexandre Defossez
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